-3-.
Dans tout cela, je suis privilégiée à plusieurs
égards, jai un mari compréhensif
et aidant, jai une assurance qui mempêche de
me préoccuper
au moins du coté financier,
je peux me reposer autant que je veux, même si je passe
20
heures au lit , je ne pénalise personne.
Pensez aux autres qui ont des responsabilités et qui
ne peuvent pas les rencontrer, ça
doit être très stressant. Comme
jadmire ces personnes qui ont encore le courage
davoir des projets contre vents et marées.
Il y a aussi laspect psychologique qui est très lourd
à assumer.
Souvent la famille ne comprend pas ce que vit la malade,
elle pense que cest du laisser-aller, de
la paresser ou du désintéressement, bien
non tout au contraire.Je
crois que c'est plutôt des personnes qui habituellement
sedépensent
beaucoup qui sont atteintes.
Le temps de la consultation que jappréhendais et
espérais en
même temps, avec le docteur Phaneuf ,était maintenant
arrivé.
Il commença par me faire passer une batterie de testes
avec
prises de sang spéciaux.
Comme il me l'explique,il est difficile de diagnostiquer
ces maladies.
On
procède plutôt par élimination dune
douzaine de
maladies courantes. Vous
trouverez toutes les informations sur les sites traitants
du sujet et ici même sur le groupe de
FM.
Un mois plus tard, javais ma rencontre pour les résultats
car
ça prendun
gros trois semaines pour faire ces analyses de sang.
Je métais tout le long de ce long mois programmée
afin de faire
face et jétais prête.
Il m'annonça quil y avait un virus très virulent
qui circulait
dans mes veines et qui faisait des ravages.
Il ajouta quil comprenait très bien mon état
et se demandait même comment javais pu passer au travers
ces longs mois sans aide. Il
pouvait prendre une goutte de sang et la diluer 1053 fois
et le virus était toujours présent.
Javais toujours accepté les verdicts sans broncher
mais là je me suis mise à pleurer à chaud
de larmes,
cétait de bonheur
Le
docteur Phaneuf me dit quil ne mapprenait pas
une très bonne nouvelle,
au contraire.
Mais pour moi, cen était une.
Ce nétait dont pas juste dans la tête,
je
nétais donc pas folle.
Je nétais dont pas complètement responsable
de tout cela.
Comme je me sentais bien.On
aurait dit quon menlevait un poids énorme de
sur mes épaules.Le
docteur m'expliqua alors dans un langage imagé
afin que je comprenne bien ce que ça faisait dans mon organisme.
Il me dit que le virus ne reconnaissait pas ses ennemis et
attaquait mon système immunitaire détruisant ainsi
aussi
bien les bonnes cellules que les mauvaises, avec
le résultat qu'on connaît, enfin c'est ce que j'ai
compris.
-4-
Au cours de mes nombreuses visites dans les salles dattentes
pour la FC et FM, jai
vu passer bien du monde. On
ne rencontre pas des personnes pendant des années sans
se reconnaître et échanger.
Contrairement à dautres salles dattentes,
les personnes semblaient toutes des personnes dynamiques, ayant
une bonne estime delles même et bien mises.
Il y en avait aussi de tous âges.La
majorité était des femmes qui détenaient
des postes
de responsabilités.
C'était
dont plus souvent des personnes énergiques
et avec plein de projets qui en étaient les cibles.Ceci
n'est qu'une opinion que je me fais d'après ce que j'en
sais.
Toutes parlaient des pertes morales quelles avaient subit.
Perte de jouissance de la vie, perte damis, plusieurs
divorces car le conjoint ne reconnaissait plus
la personne quelle était devenue. On
se plaignait surtout de lintolérance , de la
non compréhension des autres et de la solitude qui sen
suivait.
Ça faisait un mois maintenant que javais mon diagnostique
quand
je rencontrai le premier psychiatre. Il
était mandaté par les assurances afin de faire une
expertise
de mon cas.
Javais apporté avec moi le rapport du docteur Phaneuf
et je lui apportais aussi un article que javais lu sur le
sujet et
qui décrivait assez bien les symptômes de la fybromialgie
et de la fatigue chronique.
Quand il eu lu le rapport, il me dit que ça devait être
une nouvelle maladie car il nen avait jamais entendu parler.
En tous cas il ne semblait pas très impressionné
.Il
fit un rapport pour six mois pour mon employeur
et disant que dans quelques mois je devrais être bonne pour
retourner au travail.
Même si jessayais que ça ne paraisse pas trop,
je
tremblais tellement que je ne pouvais pas cacher
cela et me déplacer me demandait tellement defforts
que javançais comme une personne très vieille
qui nest pas
en forme.
Ce nest pas parce quon ne trouve pas ce que nous avons
que
ça veut dire quon a rien.
Je sais que la médecine a ses limites et je les respecte
mais de là à dire que cest dans la tête
il y a une limite.
Par
la suite , j'en rencontrai deux autres à une année d'intervalle
avec à
peu près les mêmes résultats j'imagine mais
je n'ai pas vu
les rapports.Ça
faisait quelques mois que javais eu mon diagnostique mais
ça ne mettait nullement fin à mes douleurs ni à
mon état
dextrême faiblesse.
Ça
napportait pas non plus de solution pratique pour vaincre
ces maladies dont on ne connaissait aucun médicament valable.
Après avoir été très entourée
dans ma vie professionnelle
je tombais dans une solitude complète.
-5-
Personne ne voulant me déranger non plus car
je nétais pas capable de parler au téléphone
plus que
quelques minutes. Mon
mari partait pour le travail très tôt et revenait
sur la
fin de laprès-midi et à 20 heures était
couché.
Un
peu avant son arrivée je me faisais une petite toilette,
un peu de maquillage ça fait du bien au moral aussi.
Il faut penser que les conjoints aussi vivent cela difficilement,
souvent
ils ne reconnaissent plus la personne gaie et enjouée
qui était là avant.
J'ai toujours été assez coquette et je trouve que
même pour nous,
c'est agréable de voir un visage souriant dans
une tenue présentable.
On dirait qu'on est moins malade.
Je crois qu'on ne trompe personne mais la pilule est plus facile
à avaler, il me semble.
Pour moi, la seule solution envisageable était daller,
au plus profond de mon être, pour
y puiser des solutions à ma portée.
Je voulais retrouver une qualité de vie acceptable pour
moi
et pour mon conjoint, si non la descente nen serait que
plus cruelle.
Ce nest rien de facile et ça prend une bonne dose
de courage et de persévérance pour ne pas sombrer
dans
le plus grand désespoir quand ça dure des années.
Je ne vous cacherai pas que pendant les quatre premières
années,
presquà chaque jour, je pensais au suicide.J'avais
en ma possession tout ce
dont j'avais besoin et seul la peur de faire de la
peine à ma famille men a empêché.
Un matin qui avait suivi une nuit où la souffrance était
presque intolérable jétais pratiquement prête
à passer
à l'acte
car je me voyais bien plus comme un boulet quautre chose.Je
pensais que mon mari serait bien plus heureux sans moi et
qu'il était encore assez jeune pour refaire sa vie.
Il était 9 heures du matin et mon fils est arrivé,
je
ne lattendais pas du tout et il ne venait jamais comme
cela en plein jour car il travaillait et avait de
grandes responsabilités.
Il m'a dit quil devait avoir une réunion très
importante
avec une dizaine de personnes mais quil avait tout annulé.
Il me dit que jétais continuellement dans ses pensées
et quil
avait décidé de venir voir ce qui se passait.
Nous avons parlé pendant quelques heures, Ça
faisait longtemps que ce n'était pas arrivé.Il
ma fait comprendre que je mattardais à
ce qui me manquait plutôt
quà toutes les choses que javais.
Que
mettre fin à mes jours ne ferait que me forcer à
revivre ,dans
une autre vie, des choses encore plus difficiles.
Je ne sais pas sil avait raison mais il a réussi
à me faire réaliser
quon tenait à moi malgré tout.
Il me dit; ''Maman, tout le monde qui te connaît,testime,
tu as un bon mari, tu
as un toit sur la tête, tu
ne manques de rien ce
nest pas le grand luxe mais tu es bien
et nous taimons moi et les enfants.''
Jai souvent eu en mémoire la pensée suivant
Si tu remerciais pour tout ce que tu as, tu
naurais pas le temps de te plaindre Mon
fils dans sa sagesse avait bien illustré l'essencede
cette pensée.
Probablement
aussi que ce matin-là, l'estime
que j'avais de moi avait pris le bord.J'avais
sans doute un grand besoin d'être rassurée.Le
fait de me faire dire qu'on pouvait encore m'aimeravait
suffit à me faire voir les choses différemment.
N'oublions
pas de dire à notre entourage et à nos malades surtout,quelques
soient les situations difficiles danslesquelles
ils se trouvent, qu'ils sont toujours lesmêmes
personnes et que nous les aimons très fort.